Le spectateur face à l’image : gène ou déresponsabilité?

Nous pouvons nous mettre d’accord sur le fait que si les photographies de Diane Arbus et de Nan Goldin sont si terribles, c’est avant tout parce qu’elles provoquent une gène, une remise en question du spectateur. C’est certainement en ça que la violence de ces clichés nous touchent tellement. Cette problématique du rapport au spectateur est soulevée par plusieurs articles, dont l’article d’Anne Bertrand de l’encyclopédie en ligne Universalis déjà cité dans notre page consacrée à Diane Arbus. L’auteur évoque la réaction de Pierre Brunnel – conservateur du département photographie du MOMA – face aux clichés de Diane Arbus pour assoir son propos. C’est moins ce que les photographies représentent que l’emprise qu’elles exercent sur le spectateur : « Elles nous forcent à nous demander qui nous sommes ».

L’article Regarding the pain of others (publié dans la revue n°201 de Diogène en janvier 2003, et hébergé par le portail de revues scientifiques en ligne Cairn) se présente comme une approche sociologique de la violence en photographie et de la réaction du public. Rédigé par l’artiste Susan Sontag, essayiste, auteur de théâtre et critique de photographie, ce texte soulève la question de la déresponsabilisation éprouvée devant une image. On est proche physiquement de l’image, mais à la fois éloigné du fait. L’auteur cherche à développer « une réflexion d’ensemble sur la signification des images photographiques du point de vue esthétique et du point de vue éthique ». Susan Sontag évoque la place de la photographie dans nos vies aujourd’hui, inondées d’images de violence, tant est si bien que nous ne sommes pas facilement choqués.

La commissaire d’exposition photographique Martine Rouleau revient sur ce point dans son article sur Nan Goldin intitulé La vie à coup d’images publié dans le numéro 192 de la revue Vie des Arts en 2003 et hébergé par le portail de revues scientifiques en ligne Erudit. Elle pose la question des limites de l’œuvre de l’artiste dont les clichés. Dans ce contexte de sur-enchère de la violence en image, l’iconographie de la drogue, du sexe et de la vie nocturne new-yorkaise des années 80 pourrait-elle tomber dans l’indifférence générale?

Entre déresponsabilité et remise en question, les images n’ont pas le même impact chez tout le monde. La confrontation de ces deux articles nous a permis d’aborder deux réactions du spectateur face aux images en général. Mais les photographies de Diane Arbus ou de Nan Goldin ne se résument pas à des « images chocs » de magazines, et c’est bien en ce sens qu’elles nous échappent et nous interrogent. Diane Arbus disait à propos de l’effet que son œuvre produisait sur le spectateur:

Ça a quelque chose de froid, de rude.

(citation tirée de l’article d’Anne Bertrand sus-cité). Nous pouvons y confronter l’approche de Nan Goldin face à cette question exprimée dans la phrase:

C’est une façon de toucher l’autre : c’est une caresse.

(citation tirée de la conclusion de l’article intitulé La vie et la mort dans les photos de Nan Goldin de Silvia Lippi, professeur de psychanalyse et de philosophie à l’université Paris VII, publié en janvier 2009 dans le N°15 de La clinique lacanienne, hébergé par la portail de revues en ligne Cairn).
Ces deux citations nous permettent de saisir les approches radicalement différentes des deux photographes à propos de l’effet produit sur le spectateur. Malgré ces différences, Diane Arbus et Nan Goldin partagent indéniablement la puissance de l’impact de leurs clichés sur le spectateur.

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