Le corps à l’épreuve

Comme nous l’avons précédemment vu dans l’article « une plongée dans l’intimité… du photographié ou du photographe« , l’œuvre de Nan Goldin dépend en grande partie du suicide de sa sœur qui fut un traumatisme pour la photographe.

Silvia Lippi dans son article sur La vie et la mort dans les photos de Nan Goldin tente de dégager à travers une réflexion psychologique les raisons qui ont mené Nan Goldin à photographier des corps abimés et des corps souffrants. L’auteure est professeure de psychanalyse et de philosophie à l’université Paris VII et l’article correspond au n°15, tiré de la revue « La clinique lacanienne », datant de 2009. Cet article scientifique est hébergé par le portail de revues Cairn.

Elle explique de quelle manière la photographe a exprimé sa douleur à travers l’autodestruction, toujours en rapport avec la perte de sa sœur: « le sujet est donc confondu avec l’objet: l’autodestruction n’est plus une forme d’auto-reproche, une autopunition, mais devient un reproche et une façon d’insulter l’objet perdu ».

Nan Goldin - All by myself - 1993/1996 - Courtesy Matthew Marks Gallery, NY

Elle distingue ensuite l’autodestruction du masochisme en précisant bien que l’œuvre de Nan Goldin, contrairement à ce que les spectateurs pourraient penser au premier abord, ne répond pas à une jouissance masochiste. Il s’agit plutôt d’une « jouissance autodestructrice de la mélancolie ».

Nan Goldin parvient à passer de l’autodestruction à la représentation de la destruction à travers l’image. Le processus artistique est décrit comme une sorte d’exutoire, avec la répétition du trauma. Mais « la création artistique ne permet pas toujours de dépasser complètement le trauma vécu, c’est à dire qu’elle n’empêche pas des rechutes ». Le parcours de Nan Goldin en témoigne: la douleur reste omniprésente, c’est le cas par exemple des photographies où elle est en train de se mutiler un bras avec une cigarette. Elle met à l’épreuve elle même son corps puisque comme elle le dit:

« Je me fais mal pour voir si je ressens encore quelque chose. Je me concentre sur la douleur. La seule chose réelle. »

La psychanalyste ajoute pour conclure que « c’est ainsi, entrelacées avec la mort, que les figures de Nan Goldin représentent l’expression la plus profonde de la beauté et de la vie ».

Nan Goldin - Self portrait with milagro, The Lodge, Belmont, MA - 1988

Dans cette vidéo relatant l’oeuvre de Nan Goldin et hébergée par la plate-forme de vidéos en ligne Dailymotion, la photographe évoque les souffrances infligées à son corps et les ravages de la drogue. Elle explique qu’au début des années 80 beaucoup des personnes de son entourage étaient devenues accroc à l’héroïne et à la cocaïne, elle y compris, et raconte sa chute: elle est restée enfermée chez elle pendant 5 à 10 mois, tout son comportement dépendait de la drogue. En 1988 elle fit une cure de désintoxication et se prit en photo presque tout les jours pour montrer l’évolution de son corps et constater à quoi elle ressemblait sans la drogue. Il y a notamment cette célèbre photo où elle se trouve à l’hôpital avec un crucifix. Elle explique que ce fut une période où elle avait très peur: elle était en pleine crise d’identité.

Une réflexion sur “Le corps à l’épreuve

  1. Pingback: Spectateur ou voyeuriste? « Diane Arbus & Nan Goldin

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